Hommage à Yaya Diallo |
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Yaya Diallo, responsable de l'association Yamwaya
a oeuvré avec un enthousiasme et un engagement sans faille pour la construction
d’un barrage de retenue d’eau dans le village de Ouâda.
Il est décédé le 5 avril 2004 des suites d'un accident
de voiture.
L'association graine de Baobab tient à lui rendre hommage ici.

Adieu
Yaya
13 avril 2004, par
Longet Eliane
Yaya, je te remercie du fond du coeur de m’avoir
fait partager avec toi un projet qui te tenait tellement à coeur : la construction
d’un barrage de retenue d’eau de pluie dans ton village natal : Oûada.
L’école de Plan-les-Ouates, Genève, dans laquelle j’enseigne
s’était mobilisée pour récolter l’argent qui
a permis, en décembre 2003, le commencement de la construction de ce barrage.
Nous nous écrivions régulièrement, j’ai appris
à te connaître, à t’apprécier et je me réjouissais
de vivre avec toi, en juillet, l’inauguration du barrage pour lequel tu
t’étais tellement investi.
Je pleure ta disparition, mais je
veux que tu saches que le barrage sera terminé. Je me sens, avec ta disparition
tragique, d’autant plus investie pour cela. D’ailleurs ne m’avais-tu
pas dit que si tu arrivais à réaliser ce projet, tu pourrais mourir
après ? Prémonition ?
Tes nouvelles me manquent, tu vas manquer
aux élèves de mon école à Genève (Suisse),
eux qui te posaient des questions auxquelles tu répondais avec un si grand
soin. Par ce biais, tu leur as fait découvrir et aimer ton pays.
Sois
présent aux côtés de la population de Oûada pour que
nous puissions mener à terme ce magnifique projet.
Avec toute mon amitié
!
Eliane
YAYA
DIALLO S’ENGAGE POUR SON VILLAGE NATAL : OUADA
Texte
écrit pour l'école de Pré-du-Camp, Genève, Suisse
novembre 2003
SON
HISTOIRE
Je m’appelle Yaya
DIALLO, on me surnomme POPSY, car dans les années 70 c’était
l’époque de la pop musique : Musique pop, couture pop, coiffure pop,
etc
SA
FAMILLE
Je suis peut-être né le 21 juin 1955
à Ouâda. Comme je ne suis pas né dans une maternité,
ce n’est que 6 ou 7 ans plus tard, en me mettant à l’école,
qu’on a établi un jugement supplétif tenant lieu d’acte
de naissance.
Je suis le 5e enfant d’une famille de 16 enfants. Mon
père avait 4 femmes. De ma mère, nous sommes 8.
Mon père
était très connu dans la région. Il était riche, avait
environ mille têtes de buffles et était le premier dans la région
à s’être acheté d’abord une radio, ensuite un
gramophone communément appelé “ phono ”, et par la suite
un camion de transport et une voiture.
L’ECOLE,
UNE CHANCE A SAISIR
Quand j’avais
environ 5 ans un monsieur, un voyageur, passa la nuit dans notre famille comme
beaucoup de voyageurs en quête de gîte le faisaient.
Le lendemain,
pendant qu’il bavardait avec mon père, il me vit passer et il m’appela.
Il me demanda alors de lui présenter ma main gauche. Il la scruta longuement
et dit à mon père : “ Il faut mettre cet enfant à l’école,
il va réussir à l’école ”
UNE
DIFFICULTE : LES DISTANCES
C’est
ainsi que l’année suivante mon père m’inscrivit à
l’école qui se trouvait à 15km dans un autre village, là
où il y avait le chef de canton. Dans un premier temps, on m’emmena
chez mon oncle, le grand frère de mon père, qui se trouvait à
4km de l’école.
C’était difficile pour moi d’aller
tout seul à l’école, de faire 4km à pied; j’étais
étranger à la région et à 6 ans, tout menu que j’étais,
j’avais peur.
Face à mon refus d’aller à l’école,
mon père décida d’y inscrire également mon cousin pour
me tenir compagnie.
Pendant 2 ans, je suis resté chez mon oncle à
Dabaré et ce n’est que pendant les grandes vacances que je retournais
à Ouâda.
A l’âge de 8 ans, je ne voulus plus vivre
chez mon oncle car j’étais très attaché à ma
mère. Je retournai donc vivre dans mon village.
DU
CHANT DU COQ AUX ETUDES EN FRANCE
Chaque
matin, ma mère se réveillait au premier chant du coq, il était
souvent 2 ou 3h du matin, pour me préparer à manger, soit du to
de maïs soit du riz gras.
Quand je finissais de manger, elle m’accompagnait,
ou me faisait accompagner par un oncle ou un cousin. Ce dernier, une fois le soleil
levé, rebroussait chemin et me laissait continuer seul. Je n’avais
plus peur car il faisait jour. Le soir, je retournais à Ouâda, 15
km à pieds.
A partir du CM1, mon père décida de m’acheter
un vélo.
J’ai été parmi les 3 premiers de ma classe
du CP1 au CM2
Du village, je partis à Ouagadougou au lycée,
puis à l’université. J’ai poursuivi des études
en France.
Actuellement je travaille dans la communication et la promotion
artistique et culturelle.
DONNER
ET RECEVOIR
Je
dois beaucoup à mes parents, à tous ces gens qui me voyaient sur
le chemin de l’école et me donnaient 1f, 2f ou 5f.
J’ai
décidé de m’engager pour mon village, pour toutes les femmes,
tous les hommes et tous les enfants en créant l’association YAMWAYA
pour le développement de Ouâda : avoir de l’eau, se soigner,
scolariser les enfants, etc.
YAMWAYA veut dire “ un esprit nouveau est
arrivé ” c’est à dire qu’une nouvelle philosophie,
une nouvelle mentalité est née, celle qui consiste à être
l’auteur et l’acteur de son développement, dans la prise de
conscience de tous, dans l’unité pour affronter les maux qui entravent
notre développement.
LA
RETENUE D’EAU
Le premier projet
de l’association est la réalisation de la retenue d'eau. Si cet objectif
est atteint, l’association aura encore plus d’audience, plus de crédibilité
et pourra aller de l’avant dans la réalisation des autres objectifs.
Je compte beaucoup sur vous pour réaliser le barrage.
Mon objectif
à long terme c’est de créer un comité de jumelage entre
Ouâda et une commune de votre région pour un partenariat et des échanges
fructueux.
En attendant mon village a besoin de vous.
YAYA DIALLO
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